Dans un contexte où les innovations thérapeutiques en oncologie évoluent rapidement, le premier Colloque MedOnco a réuni, les 25 et 26 mai 2026 au Centre intégré de cancérologie de Santé Québec CHU de Québec-Université Laval, plus de 130 personnes autour d’un même enjeu: mieux utiliser les données issues des soins réels pour éclairer les décisions, améliorer les trajectoires cliniques et stimuler l’innovation.
Cette première édition, intitulée « Données de vie réelle sur les médicaments en oncologie : un levier stratégique pour l’innovation et la décision », s’inscrivait dans le projet MedOnco mené par le Pr Hermann Nabi, la Pre Isabelle Laverdière et Mme Nicole Déry. Ce colloque visait à mieux comprendre comment les données issues des soins courants peuvent compléter les essais cliniques pour documenter l’usage, l’efficacité, la tolérance et la valeur des traitements anticancéreux.
L’événement, tenu en présentiel et en virtuel, a réuni des participant(e)s provenant du Québec, des autres provinces canadiennes et de l’international, dont des clinicien(ne)s, pharmacien(ne)s, chercheur(-euse)s, étudiant(e)s, une patiente partenaire ainsi que des représentant(e)s des milieux institutionnels, notamment l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et Santé Québec, de l’industrie pharmaceutique ainsi que de divers organismes gravitant autour du secteur de la santé.
Deux plateformes pour éclairer la recherche, l’évaluation et la décision
Le colloque s’est amorcé par une allocution de Mme Carole Jabet, vice-présidente recherche à la Direction scientifique – secteur Santé au Fonds de recherche du Québec (FRQ) et directrice de l’Oncopole. Elle a rappelé l’ambition qui a conduit au financement de deux initiatives complémentaires : MedOnco et PROVEM.

La Pre Alice Dragomir a ensuite présenté PROVEM, une plateforme portée par les Universités de Montréal et McGill, tandis que la Pre Isabelle Laverdière et Mme Nicole Déry ont présenté MedOnco, ancrée dans l’écosystème de Santé Québec CHU de Québec-Université Laval (CHU).

Ensemble, ces deux plateformes illustrent comment les données de vie réelle peuvent être transformées en connaissances utiles pour la recherche, l’innovation, l’évaluation des soins et des pratiques de santé et la prise de décision.
Accès aux données : entre innovation, protection et confiance
Me Dereck Dumont, de Santé Québec, a présenté le cadre légal québécois applicable à l’accès aux renseignements de santé. Il a rappelé que la finalité de l’utilisation (recherche, innovation, gestion, qualité ou performance) détermine les démarches requises.
Selon les résultats présentés ensuite par le Pr Pierre-Luc Déziel, de la Faculté de droit de l’Université Laval, les patient(e)s sont généralement disposé(e)s à partager leurs données lorsque la finalité est claire, jugée utile et assortie de garanties adéquates.
Ces deux présentations ont mis en lumière une condition essentielle au développement et à l’exploitation optimale des données de vie réelle : concilier innovation, protection mesurée des renseignements personnels, pédagogie et confiance du public.
Des exemples québécois aux retombées concrètes
Pour clore la première journée, cinq projets réalisés au Québec ont démontré le potentiel très concret des données de vie réelle pour éclairer la pratique clinique : la comparaison de deux tests multigéniques utilisés pour guider les décisions thérapeutiques dans le cancer du sein hormonodépendant : Oncotype DX et Prosigna; l’optimisation de l’utilisation la rasburicase, un médicament utilisé pour prévenir ou traiter le syndrome de lyse tumorale survenant parfois à la suite d’un traitement de chimiothérapie; l’ajustement de la posologie du pembrolizumab en première ligne dans le cancer du poumon non à petites cellules métastatique; le suivi des thérapies cellulaires CAR-T et l’étude de l’effet des antibiotiques sur la réponse au Bacille de Calmette-Guérin (BCG) dans le cancer de la vessie.
Ces exemples, présentés par Mme Flora Nguyen Van Long, M. Louis-Philippe Grenier, M. Ghislain Bérard, le Dr Christopher Lemieux et le Dr Vincent Fradet, ont illustré comment des données issues des soins peuvent guider des décisions thérapeutiques, permettre des économies d’échelle et soutenir les orientations organisationnelles.
Des modèles inspirants au Canada et en Europe
La seconde journée a débuté par une présentation de Mme Nicole Mittmann, scientifique en chef et vice-présidente aux données probantes scientifiques, méthodologies et ressources à l’Agence des médicaments du Canada (CDA-AMC). Elle a rappelé que les données probantes de vie réelle ne remplacent pas les essais cliniques randomisés, mais peuvent en combler certaines limites, notamment lorsque les populations incluses dans ces essais sont restreintes, les suivis trop courts ou les comparateurs peu représentatifs de la pratique clinique. Sa présentation a posé les bases d’une utilisation rigoureuse de ces données dans l’évaluation formelle des technologies et les décisions sur leur remboursement.
Le Dr Winson Cheung, directeur provincial de la recherche sur les services de santé et la génération de données en conditions réelles à Cancer Care Alberta – Alberta Health Services, a ensuite présenté le programme Oncology Outcomes (O2). L’initiative albertaine montre comment un dossier médical électronique intégré, lié à des registres et à des données administratives, peut accélérer la production de connaissances utiles à la pratique, tout en exigeant une grande prudence méthodologique pour limiter les biais, les données manquantes et les interprétations insuffisamment contextualisées. Une part importante de la présentation a porté sur de nouveaux développements méthodologiques, notamment les données synthétiques en complément ou remplacement aux données de vie réelle.
Ce partage d’expériences s’est poursuivi dans l’après-midi avec la présentation conjointe du Dr David Pérol, directeur de la recherche clinique et de l’innovation au Centre Léon Bérard de Lyon, et du Dr Mathieu Robain, directeur médical de la Direction Data & Partenariats stratégiques d’Unicancer, sur le programme ESMÉ (Épidémio-Stratégie Médico-Économique). Ce programme français a illustré l’importance d’une gouvernance académique forte, d’une validation rigoureuse des données et d’usages bien encadrés, allant de la description des trajectoires de soins à la construction de comparateurs externes pour soutenir l’évaluation des innovations.
Ces perspectives nationales et internationales ont ensuite nourri les échanges des panels d’experts, centrés sur les retombées concrètes des données de vie réelle pour les pratiques cliniques, l’expérience patient et les décisions institutionnelles au Québec.
De la donnée à l’action : les constats des panels
Panel 1 – Amélioration des pratiques cliniques et de l’expérience patient
Le premier panel a réuni des représentant(e)s de Santé Québec, du MSSS, de l’INESSS, du milieu universitaire, d’établissements de santé, de la Coalition Priorité Cancer ainsi qu’une patiente partenaire. Les discussions ont porté sur l’intégration des données de vie réelle dans les pratiques cliniques et sur leur potentiel à documenter les trajectoires de soins, les variations régionales, les effets indésirables de même que la qualité de vie et l’expérience vécue par les patient(e)s.
Un message fort s’en est dégagé : ces données prennent leur sens lorsqu’elles permettent de mieux informer les patient(e)s, d’ajuster les pratiques, de soutenir l’équité d’accès et l’action d’un point de vue clinique, institutionnel et organisationnel.
Panel 2 – Prise de décision institutionnelle, gouvernementale et industrielle
Le deuxième panel a rassemblé des représentant(e)s du MSSS, de Santé Québec, de l’INESSS, d’établissements de santé, d’Unicancer et de l’industrie pharmaceutique. Les échanges ont porté sur l’importance des données de vie réelle dans le soutien des décisions relatives au remboursement des médicaments, à l’accès aux médicaments, à l’organisation des soins et à l’amélioration de la performance du système de santé.
Si l’intérêt des données de vie réelle fait consensus, les panélistes ont souligné l’importance de disposer de données québécoises de qualité, accessibles en temps opportun et interprétées de façon indépendante dans un cadre de gouvernance clair et ont démontré une ouverture à utiliser les données de vie réelle.
Transformer l’élan du colloque en actions concrètes
Cette première édition du Colloque MedOnco a permis de créer un cadre unique de réflexion et de collaboration autour des données de vie réelle en oncologie en rassemblant de nombreuses actrices et de nombreux acteurs important(e)s de ce secteur. Les échanges ont mis en valeur l’expertise québécoise en matière de données de vie réelle.
Plusieurs défis ont aussi été relevés. Ceux-ci concernaient notamment : la qualité, la standardisation et l’interopérabilité des données, l’accès aux données qui est souvent complexe ainsi qu’une gouvernance qui aurait avantage à être mieux coordonnée. Les discussions ont aussi souligné l’importance croissante de l’implication des patient(e)s.
Enfin, un consensus s’est dégagé quant à la nécessité d’une vision québécoise concertée des données de santé, fondée sur la collaboration entre les différent(e)s acteur(-rice)s, des standards méthodologiques rigoureux et un transfert de connaissances plus efficace.
Le succès de cette première édition confirme la pertinence de MedOnco pour contribuer à structurer davantage les collaborations et de faire des données de vie réelle un levier d’amélioration des soins, d’évaluation rigoureuse des innovations et de création de valeur pour les patient(e)s et les populations.

À propos de la plateforme MedOnco
La plateforme MedOnco est co-dirigée par le Pr Hermann Nabi, de la Faculté de médecine de l’Université Laval et la Pre Isabelle Laverdière, de la Faculté de pharmacie de l’Université Laval, qui sont tous les deux chercheurs au Centre de recherche du CHU. Mme Nicole Déry, pharmacienne au CHU et chercheuse au Centre de recherche du CHU, y contribue également comme chercheuse issue des milieux de pratique.
La plateforme est financée par l’Oncopole, le pôle cancer du Fonds de recherche du Québec – secteur Santé, soutenu par le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, son partenaire fondateur Merck Canada ainsi que ses partenaires GSK et Pfizer.
Le comité organisateur tient à souligner la contribution des membres du comité scientifique, des conférencières et conférenciers, des panélistes ainsi que des organisations qui ont soutenu l’événement : AstraZeneca, Johnson & Johnson, Merck, Novartis et Pfizer, le Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval de même que le Centre de recherche sur le cancer de l’Université Laval.
Photo principale : les animateurs du premier panel et les panélistes. De gauche à droite : le Pr Hermann Nabi, de la Faculté de médecine de l’Université Laval et chercheur au Centre de recherche du CHU, Mme Catherine Wilhelmy, patiente partenaire au Centre de recherche de Santé Québec Estrie – Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke; Mme Eva Villalba, directrice générale de la Coalition Priorité Cancer au Québec; Mme Mélanie Morneau, directrice de la Direction de la cancérologie du MSSS; Mme Geneviève Cayer, directrice des médicaments et des soins et services pharmaceutiques à Santé Québec; Mme Anne-Marie Lemieux, adjointe à la directrice de la Direction de l’évaluation des médicaments et des technologies à des fins de remboursement à l’INESSS; Mme Mélanie Simard, pharmacienne au Département de pharmacie du CHU et vice-présidente du Comité de l’évolution des pratiques en oncologie de l’INESSS; Pre Nathalie Letarte, pharmacienne, professeure à la Faculté de pharmacie de l’Université de Montréal et membre du Programme de gestion thérapeutique des médicaments (PGTM); Dr Armen Aprikian, uro-oncologue à Santé Québec – Centre universitaire de santé McGill et professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université McGill (à l’écran) et la Dre Marie-Claude Pelland-Marcotte, hémato-oncologue pédiatrique au CHU, professeure à la Faculté de médecine de l’Université Laval et chercheuse au Centre de recherche du CHU. Source : MedOnco.