Entretien avec Michel Jean



Un éveilleur de conscience

 

Propos recueillis par Claudette Lambert – 1er août 2022

Depuis une quinzaine d’années, le journaliste Michel Jean s’est taillé une place dans le milieu littéraire. Né à Alma, issu de la communauté innue de Mashteuiatsh, il a été reporter d’enquête pour la Société Radio-Canada, coanimateur de l’émission J.E. et est actuellement chef d’antenne au réseau TVA.
 
Avec la publication de son livre Kukum portant sur la vie de son arrière-grand-mère Almanda Siméon, une blanche qui a épousé un Amérindien, sa carrière d’écrivain a littéralement explosé. Armé d’une maîtrise en histoire et porté par sa rigueur journalistique, Michel Jean a exploré ses racines familiales, la sédentarisation des autochtones, l’histoire des pensionnats et les questions identitaires.

 
Claudette Lambert: Quel a été l’élément déclencheur qui vous a incité à fouiller dans cette partie de vos origines?
Michel Jean : Quand j’étais jeune, j’ai toujours posé plein de questions, mais je n’étais pas dans un environnement où j’avais beaucoup de réponses. J’ai tenté d’en savoir davantage auprès de ma grand-mère, mais c’était une personne réservée. Elle a été dépouillée de son statut d’Indienne quand elle a épousé un Blanc et je sais que ça l’a fait souffrir. On lui volait une partie d’elle-même, de son identité. Le fait d’être autochtone dans une ville comme Alma, ce n’était pas facile.
 
Au décès de ma grand-mère est survenu un événement que j’ai raconté dans mon livre Atuk, elle et nous. Jeannette, une cousine de ma mère m’a dit: « Je veux te dire une chose importante, Michel. L’indien, tu l’as en toi. Souvent, quand je te vois à la télévision, les gens s’énervent autour de toi. Toi, tu restes toujours calme. Ça, c’est indien. » Moi je pensais que c’était un trait de caractère, mais ce serait plutôt un trait culturel. Je suis né en milieu allochtone et quand je me suis rapproché de la communauté, j’avais déjà une cinquantaine d’années.
 
Comment votre mère a-t-elle assuré le lien avec la communauté innue dont elle est issue?
M. J. : Dans sa famille, c’est une des seules qui nous emmenait visiter la parenté à Mashteuiatsh. Même si elle a grandi en ville, elle était proche de ma grand-mère. J’ai beaucoup de souvenirs où on allait avec la famille dans la région de son enfance. Elle m’en a beaucoup parlé, elle racontait des histoires, elle m’a donc initié à ça.
 
Dans votre livre Kukum, vous décrivez avec une grande précision tous les détails de la vie en forêt. Où avez-vous puisé ces connaissances?
M. J. : Pour la description du mode de vie en forêt, j’ai consulté un gros livre qui a été fait à Mashteuiatsh. Quand les gens de la génération de ma grand-mère ont commencé à vieillir, on les a interviewés pour garder leur mémoire, parce que ces gens-là étaient les derniers à posséder le savoir qui autrefois était transmis de façon orale. Ils ont rassemblé ces entrevues en un livre volumineux dont je me suis beaucoup inspiré. Par exemple, comment tanner une peau, transiter vers les quartiers d’hiver, ériger un campement, découvrir les légendes… C’est une sorte d’encyclopédie des connaissances des anciens de la communauté. Mes descriptions sur le mode de vie viennent de ce livre que j’adore, car c’est un ouvrage de référence sur le mode de vie traditionnel des Indiens.
 
Vos livres illustrent la différence criante entre le mode de vie traditionnel et le monde moderne. Les autochtones ne peuvent pas faire l’économie de la modernité. Comment pourraient cohabiter ces deux univers de façon harmonieuse et satisfaisante pour tout le monde?
M. J. : C’est une grande question! Je ne pense pas avoir une réponse à ça. Je suis revenu de Ville-Marie en fin de semaine dernière et quand l’avion a survolé Rouyn-Noranda, je regardais les coupes à blanc. Bien sûr ça fait travailler les gens qui habitent les villages des alentours. Dans le secteur de Manawan où la compagnie forestière s’est installée, il y a un débat avec les Attikameks. Ces derniers ne veulent pas couper les arbres parce qu’ils vivent dans la forêt, mais les gens qui vivent de la scierie en bas attendent les arbres d’en haut… La réalité, c’est que la colonisation a créé une société dont les intérêts ne sont pas les mêmes que ceux des Autochtones. Le modèle d’économie est diamétralement opposé et c’est difficile de trouver un terrain d’entente. Il va falloir partager le territoire et ce n’est pas quelque chose que j’ai senti chez les sociétés nord-américaines. Les Autochtones eux n’ont pas le choix d’accepter de partager, sinon ils sont tassés. On s’intéresse à eux tant que c’est cute et que ça ne dérange pas.
 
Il y a une incompréhension fondamentale entre eux et nous. Et, il faut bien le dire, plusieurs préjugés persistent. On perçoit souvent leurs habitudes de vie, leurs vêtements et leurs festivités comme du folklore. On ne comprend pas leur langue ni véritablement les origines de leurs traditions.
M. J. : Ce que les gens au Québec ne réalisent pas, c’est qu’ils ont une autre vision du monde. J’en parle dans Kukum. La civilisation occidentale a inventé la roue, l’auto, l’avion, la fusée… C’est le progrès! Les sociétés sont parties de l’antiquité pour grandir et se développer. On suit la flèche du progrès. Avec le réchauffement climatique, on commence à se dire que ça ne peut pas continuer comme ça pour toujours, mais ce qui est valorisé, c’est le progrès. Alors que chez les autochtones, le monde est plutôt un cycle. Tu nais, tu deviens adulte et quand tu vieillis, tes enfants s’occupent de toi. Il n’y a pas de notion d’accumulation de richesse. De toute façon, ce que tu as de plus précieux tu vas le garder avec toi. Ça donne quoi à un nomade d’accumuler des biens? C’est une autre vision du monde.
 
Des amis me parlaient d’un reportage qu’ils ont fait avec des pêcheurs dans une pourvoirie. Ces touristes pêchent une douzaine de gros poissons et ils sont contents. Un Autochtone pêche avec un filet dont les mailles sont assez grosses pour retenir les gros poissons et laisser partir les petits. De cette manière, il ne vide pas le lac, contrairement à ce que les gens pensent. Il pêche pour se nourrir, alors que le Blanc pêche pour le sport. Pour lui c’est un jeu. Les Innus aiment la pêche oui, mais ils pensent que la bête donne sa vie pour permettre aux hommes de vivre. Chez les Blancs, c’est le combat de l’homme contre la bête. Ils apprennent que l’humain est au sommet de la vie, que les mammifères sont en bas. Chez les Autochtones, l’humain n’est pas plus important que les autres, il s’intègre dans la chaîne de la vie. Ce sont deux manières différentes de voir et d’interpréter la même réalité.
 
Avec la flèche du progrès, on se tire dans le pied aussi!
M. J. : On commence à s’en rende compte aujourd’hui. On regarde les Premières Nations comme des sociétés primitives. On se dit que la civilisation nous a sortis de ça, qu’on a évolué en s’éloignant de tout ce qui est primitif. La civilisation a grandi par l’art, la science, la technologie. Pour beaucoup de gens, quand les Autochtones reviennent toujours aux mêmes choses, ils sont arriérés. Ils ont juste une autre manière de voir les choses.
 
En parlant du territoire, votre arrière-grand-père disait à sa fille: « Nitassinan, c’est toutes les formes de vie réunies. C’est plus qu’un bout de terre, c’est nous. C’est toute forme d’équilibre naturel. Notre territoire nous a été prêté par le Créateur. Nous en sommes les gardiens pour les générations futures ». Est-ce là l’essence de la spiritualité amérindienne?
M. J. : Oui, il y a une spiritualité autour de ça. Si tu es un Innu, ton territoire c’est Nitassinan, l’endroit où les gens vivent et meurent. Ils sont croyants pour la plupart, mais ils nommaient le Créateur avant que les Blancs le nomment Dieu. Les gens se sentent partie intégrante d’un tout qui les dépasse. Il y a le Créateur, l’esprit des anciens qui sont toujours là, l’esprit des animaux, et ils sentent qu’ils font partie de ce tout. C’est ça la spiritualité des Autochtones. Si on croit que les arbres, la nature sont des choses vivantes avec leur propre manière d’être, c’est un peu animiste. Forcément, ils entrent en conflit avec la manière occidentale de voir les choses où tout ce qui n’est pas progrès est un recul.
 
Il y a deux manières de voir la nature. Soit la nature est là pour permettre à la civilisation d’exister, donc le génie humain doit la soumettre pour créer les civilisations, soit on vit dans la nature. Il faut alors la respecter et la conserver. Ce sont deux visions du monde totalement opposées.
 
Avez-vous gardé un peu de cette vision-là dans votre vie? Ce regard qui nous permet d’entrer dans la beauté du monde?
M. J. : Ah! Oui, toujours. Même jeune, j’ai toujours pensé que la nature était plus que des arbres, des lacs et des rivières. J’aime penser qu’on a une place dans la nature, mais qu’on n’est pas plus important que les autres formes de vie.
 
Dans votre livre Le vent en parle encore, vous racontez l’histoire de trois adolescents arrachés à leur famille et envoyés de force dans un pensionnat géré par des religieux. Ils perdent leur langue, leur nom, leur culture, en plus d’être victimes d'abus physiques, sexuels ou psychologiques. 150 000 enfants auraient subi le même sort au Canada, dans un système décrit comme un génocide qui a causé une souffrance sans nom, blessant les gens d’une génération à l’autre. Comment briser ce cycle de souffrance?
M. J. : C’est une bien grosse question! Quand tu plonges un couteau dans le ventre de quelqu’un, comment guérir ça? Ce n’est pas aussi simple que de dire on arrête, on ne le fait plus! Le couteau et la plaie sont là. Je ne sais pas comment ça va se régler. C’est sûr que ça va prendre du temps. Mon amie Élisapie Isaac m’a dit un jour: « Dans l’expression vérité et réconciliation, il y a un mot très important, c’est le mot vérité. » Et cette vérité-là n’est pas encore complètement acceptée. Avant de passer à l’autre étape, il va falloir que les gens acceptent de voir cette triste réalité.
 
Des amis m’ont dit qu’ils avaient pris conscience du drame des pensionnats en lisant mon livre. C’était tabou aussi dans les communautés. Dans le débat public actuellement, j’entends plusieurs ténors de l’actualité dire qu’il y a eu moins de pensionnats au Québec, qu’ils ont été faits par les anglophones. C’est une manière de nier la responsabilité des Québécois francophones. Cette explication défendue par des historiens, des penseurs, des intellectuels influents dans la société ne tient pas la route. Quand les colons sont arrivés au Québec, ils se sont installés dans la vallée du Saint-Laurent. Les autochtones sont remontés plus haut et ont continué à vivre. Quand les colons ont voulu s’approprier les prairies canadiennes, des Autochtones vivaient déjà là. Alors ils les ont mis sur les réserves, ils ont pris les enfants et les ont envoyés dans les pensionnats. Quand, plusieurs années plus tard, ils ont voulu exploiter la forêt, ils sont tombés encore sur les Autochtones. Qu’est-ce qu’ils ont fait? Ils les ont mis dans les réserves et ont envoyé les enfants dans les pensionnats. Mais la plupart des pensionnats dans l’ouest étaient dirigés par des francophones. Tant que les Québécois se cachent derrière cet argument-là, c’est comme se déresponsabiliser. Comment faire une guérison quand on n’est pas capable de reconnaître les faits?
 
Ce ne sont pas seulement les excuses du pape ou des gouvernements qui peuvent régler le problème.
M. J. : C’est correct les excuses, mais je vous donne un exemple. Il y a quelques mois, j’ouvre le journal et je vois l’annonce du plus gros projet d’éoliennes au Canada, sur les terres du séminaire au nord de Mont Sainte-Anne. Je parle avec Ghislain Picard, le chef de l’assemblée des Premières Nations du Québec et je lui demande s’ils sont au courant de ce projet. Il me dit non, personne ne nous en a parlé. Ce gros projet est en plein cœur de Nitassinan et personne ne les a consultés! Maintenant que ça sort publiquement, les autorités disent que oui, ils vont s’entendre avec eux autres. Ce que ça illustre en réalité, c’est qu’on développe le territoire et après, politiquement, on tente de s’organiser avec les Autochtones.
 
Quand Jean Charest a lancé le Plan Nord, les Autochtones l’ont appris en regardant les médias. La nouvelle parlait d’un plan important d’exploitation d’une mine d’uranium dans les monts Otis qui sont des montagnes sacrées pour eux. Personne ne leur en avait parlé. Les Attikameks avec la forêt, c’est la même chose. Il n’y a pas de partage du territoire. Tant que ça ne sera pas fait, je ne pense pas qu’on va arriver à régler quelque chose. Le gouvernement donnait des miettes aux Cris de la Baie-James. Ils ont invoqué un ancien traité jusqu’en cour suprême, qui leur a donné raison. Le gouvernement a été obligé de leur verser une somme considérable, ce qui a choqué bien des gens au Québec. Les Cris avaient des droits en vertu des traités anciens, ils sont aujourd’hui des joueurs économiques importants dans la région.
 
Depuis 1985, le statut d’Indien est accordé aux enfants des femmes innues qui ont épousé des blancs. Donc vous avez le statut d’Indien. Qu’est-ce que ça change dans votre vie?
M. J. : Pour moi ça n’a pas changé grand-chose, car je ne me suis jamais basé sur ça pour déterminer si j’étais autochtone ou pas. Je paie mes impôts comme tout le monde. Tu ne paies pas d’impôt si tu travailles sur une réserve, mais il n’y a pas beaucoup d’emplois sur les réserves. Les gens s’imaginent que les Autochtones ont beaucoup de privilèges, pourtant, le taux de pauvreté chez les Innus est impressionnant. Ils ont des droits sur les territoires, des droits de chasse et pêche qu’ils sont incapables de faire respecter parce que le gouvernement continue de faire comme si ça n’existait pas. Le bilan des plus et des moins n’est pas très reluisant.
 
Les réserves ont-elles de l’avenir? Sont-elles condamnées à disparaître d’ici quelques décennies?
M. J. : Si tu enlèves les réserves, il n’y aura plus de territoire pour les Innus. Chez nous à Mashteuiatsh, les Blancs qui ont de l’argent vont acheter tous les terrains sur le bord du lac Saint-Jean. Où vont se retrouver les Autochtones? Au contraire, il faut que les réserves soient agrandies, pas éliminées. Les réserves, c’est du territoire qui a été réservé pour les Innus. À l’origine, tout le territoire était à eux. On leur a laissé ces petits bouts-là. Les gens voudraient maintenant enlever ça? La solution n’est pas là. La solution est à mon avis d’apprendre à mieux partager le territoire, en tenant compte que les Premières Nations ont des droits aussi.
 
Tous les tracas causés par notre civilisation depuis des siècles ont engendré des problèmes sociaux et psychologiques graves dans les communautés. Comment les aider à retrouver leur dignité?
M. J. : En leur redonnant les moyens d’être indépendants. On regarde les Premières Nations, mais il faut voir ce qui se passe dans le Grand Nord avec les Inuits. On les a forcés à vivre dans 14 communautés, ils n’ont donc pas de place pour chasser et pêcher. Et comme il n’y a pas d’entreprise là-bas, ils n’ont rien à faire. L’alcool et la violence sont rampants. Chose sûre, le monde nous regarde. J’ai été invité à Berlin et j’y retourne l’automne prochain. Ce ne sont pas les plumes et le folklore qui les intéressent, ils ne m’invitent pas pour parler de ça. Ils m’invitent pour parler de l’aspect politique, c’est ça qui les intéresse. Ils jugent le Canada sur la gestion des relations que nous entretenons avec les Autochtones.
 
Le geste courageux de Joyce Echaquan qui a filmé et mis en ligne une altercation violente avec le personnel soignant avant de mourir à l’hôpital de Joliette a révélé l’ampleur des préjugés racistes dont sont victimes les Autochtones. 
M. J. : On lui a donné la médaille d’honneur de l’Assemblée nationale, mais si j’étais au gouvernement québécois, je soulignerais son courage chaque année par une « Journée Joyce Echaquan », car elle a parlé aux gens des véritables choses qui se passaient. Moi j’ai été le premier journaliste à sortir la nouvelle complète. Radio-Canada ne diffusait pas les propos des préposées par respect pour Joyce, parce qu’ils jugeaient que c’était trop dur et dévalorisant pour elle. Mes patrons se sont posé la question: « Devrait-on couper ça? » Plein d’amis autochtones m’écrivaient: « On entend juste Joyce qui crie, on n’entend pas ce que disent les préposés! » Alors on a diffusé l’intégral, car ce qui se dit là-dedans, ça fait longtemps que les Innus l’entendent, il est temps que les Québécois l’entendent aussi. Joyce a rendu service aux Québécois en leur montrant ce qui se passait ici. Les femmes de Val-d’Or qui se sont plaintes des policiers n’ont pas toujours été prises au sérieux. Si leurs échanges avaient été enregistrés peut-être qu’on les aurait crues. Il y avait toujours deux policiers contre une femme. Si Joyce n’avait pas enregistré ces propos, est-ce que quelqu’un aurait cru cette femme-là versus trois préposés considérés comme des anges gardiens? Personne n’aurait cru Joyce. Là, on l’a entendue, on ne pouvait pas nier, elle a forcé les gens à écouter. Elle a donc permis aux Québécois de comprendre qu’il se passait quelque chose de grave et ça a relancé le débat sur le racisme systémique. Étrangement, je crois que le succès de mon livre Kukum est lié à ça, car on a gagné le prix France-Québec un mois après la mort de Joyce. Il y a eu un boum dans les ventes, comme si Kukum répondait aux questions que Joyce posait.
 
150 000 exemplaires vendus, c’est un énorme succès!
M. J. : Ce qui me fait surtout plaisir, c’est que cette histoire autochtone, écrite par un auteur autochtone est lue par des Québécois. Ça, c’est porteur d’espoir! Tiohtiake qui aborde la problématique des Innus itinérants à Montréal s’est déjà vendu à 50 000 copies. Quand le livre Atuk, elle et nous est sorti en 2012, nous en avons vendu seulement 1800 exemplaires, mais la réédition est rendue à 40 000 exemplaires. Ça veut dire que les Québécois s’intéressent maintenant à ces histoires, ils voient les choses différemment. C’est encourageant!
 
On apprécie votre travail pour faire émerger la réalité de ces milliers de personnes à qui on a refusé le droit de vivre selon leur culture. Cette tribune est-elle importante à vos yeux?
M. J. : J’ai des opinions, je peux donner mon avis, mais je ne suis pas le porte-parole de personne et je ne suis pas un militant non plus. Oui, ils apprécient mon travail parce qu’ils voient émerger leur histoire, mais ils sont également fiers de Naomie Fontaine, Élisapie Isaac, Joséphine Bacon, Florent Vollant et de tous ces films qui sortent actuellement.
 
Vous avez de l’affection pour cette lignée de femmes remarquables dont vous êtes issu?
M. J. : Les souvenirs que je garde de mon arrière-grand-mère Almanda Siméon, une blanche qui a partagé la vie des Innus de Pekuakami, sont ceux d’une femme chaleureuse. Elle souriait beaucoup et son regard brillait quand elle nous regardait. Quant à ma grand-mère Jeannette, je ne crois pas l’avoir vue mal habillée une seule fois dans toute ma vie. C’était étonnant pour une femme née dans le bois et ayant passé ses premières années dans le dénuement de la vie en forêt. Elle mettait de l’huile de la bonne Sainte-Anne pour soigner son genou, mais elle utilisait aussi ses médicaments, les racines et toutes les choses qu’elle avait apprises dans le bois pour se soigner.


Crédit photo : Julien Faugère
 





 




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Dernière révision du contenu : le 27 juillet 2022

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