Oser franchir la limite!






Par Yves Samson, intervenant en soins spirituels – 1er août 2023
Maison de soins palliatifs Victor-Gadbois
 
J’ai été surpris lorsqu’on m’a demandé de rédiger la chronique de l’intervenant en soins spirituels (ISS) dans le numéro portant sur la transgression. D’abord, par ce que le mot transgression a une consonance négative à mon esprit ; puis je me suis demandé si la transgression faisait partie de ma réalité d’ISS. Je fais mienne la définition de la transgression puisque je trouve éclairante la proposition du Dr Raymond Gueibe, psychiatre européen, que l’on retrouve parmi les articles de cette édition. Elle dit que transgresser, c’est aller au-delà des lois, des règlements, des ordres et de le faire au grand jour, pour plus de dignité humaine.
 

Transgresser ma propre foi

Dans une société qui prend de plus en plus ses distances de l’univers ecclésial et du religieux traditionnel, mes interlocuteurs sont souvent surpris de m’entendre dire que je ne sais pas si Dieu existe, au sens d’un savoir démontrable, et que je partage les mots du romancier Éric-Emmanuel Schmitt à l’effet que nous sommes tous (croyants, incroyants et indifférents) frères et sœurs en ignorance. Ce qui importe, c’est l’impact de la décision de croire ou non et son retentissement sur toute notre vie.
 
Dans les milieux de soins que je fréquente (hôpitaux, CHSLD, soins palliatifs), il m’arrive sur une base quasi quotidienne de devoir faire preuve de créativité pour aller à la rencontre de l’autre, c’est-à-dire la personne malade et ses proches, qui ne partagent pas les mêmes croyances que moi. Je suis poussé à aller voir ailleurs, aller plus loin, bien au-delà.
 

Quelques situations cliniques

Je me souviens d’avoir donné la communion à un vieil homme dans les heures précédant l’aide médicale à mourir, et ce malgré l’opposition manifeste de sa tradition religieuse, ayant compris l’importance pour lui de mourir en paix avec son Dieu. J’ai souvenir aussi de cette jeune maman à qui j’ai soufflé à l’oreille en français, faute de pouvoir le faire en arabe et sans avoir pu trouver un imam, que « Allah est Dieu et que Mohammed est son prophète » pour apaiser ses filles qui ne savaient que faire au moment où mourait leur maman. Et plus récemment, de ce jeune homme qui ne parvenait pas à parler à sa mère qui arrivait au terme de son existence : je lui ai proposé de recourir à sa musicalité. Assis au piano, près du lit de sa mère, il a pu pendant de longues minutes s’exprimer à travers sa musique pour l’accompagner au seuil de son éternité. Dans chacune de ces situations, j’aurais pu laisser aller, mais intérieurement c’était impensable. Il fallait oser faire ce pas de plus, dépasser la limite.
 

Jésus transgresseur du judaïsme

Mon inspiration prend sa source chez le Jésus des évangiles, celui-là même qui est allé bien au-delà des prescriptions et règles du judaïsme auquel il appartenait : « Jésus prit la parole et dit aux professeurs de la loi et aux pharisiens : « Est-il permis [ou non] de faire une guérison le jour du sabbat ? » (Lc 14, 3) J’ai fait mien son objectif : placer la personne humaine au centre de la relation. À l’exemple du maître, je me dégage des espaces de liberté d’action me permettant d’accompagner de manière adéquate et ajustée les personnes qui me sont confiées. Et ses gestes, à portée universelle, sont aussi les miens : s’asseoir, écouter et remettre en route.
 
C’est lors de mon baccalauréat en théologie à l’Université Laval où j’ai suivi un cours intitulé « intervention auprès d’un mourant » et suite à une implication à la Maison Michel-Sarazin comme bénévole aux soins que j’ai découvert ce milieu fascinant qu’est celui des soins palliatifs. En 2011, après une carrière radiophonique et une décennie dans l’univers politique fédéral et québécois, j’optais pour une réorientation de carrière et décidais d’aller faire une maîtrise en Études du religieux contemporain à l’Université de Sherbrooke pour ensuite suivre la formation requise assortie d’un stage de six mois au Centre intégré de cancérologie de l’Hôpital Charles-Lemoyne pour devenir intervenant en soins spirituels. En juin 2016, je joignais les rangs de l’équipe de soins spirituels du CISSSME dans les établissements de Saint-Hyacinthe. Et tout récemment, en décembre 2022, j’ai été accueilli au sein de l’équipe de la Maison Victor-Gadbois, maison de soins palliatifs de St-Mathieu de Beloeil.
 




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