Quand l’écoute nourrit les soins

Image.



Yves Rochette
Par Yves Rochette – Janvier 2026

Yves Rochette met en lumière la part invisible du vécu du patient et montre comment la présence des ISS ouvre, au sein de l’équipe, un espace d’humanité partagée.


L’autre jour, j’étais à un souper de famille. Je m’assois à côté de ma nièce, infirmière auxiliaire dans un centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD), et nous nous mettons à parler du travail. Mon cœur a fait deux bonds lorsqu’elle m’a dit : « Quand je veux en apprendre plus sur les patients, je vais lire les notes de l’intervenant en soins spirituels. »
 
J’avais envie de la prendre dans mes bras ! Elle a tout de suite vu que cela m’avait touché. Ce qu’elle me partageait, bien simplement, c’était sa découverte que les intervenants en soins spirituels (ISS), par leur travail d’écoute et d’accompagnement, développent une connaissance fine et intime des patients.
 
Je trouve admirable que ma nièce cherche à mieux connaître ses patients pour mieux les accompagner. N’est-ce pas là toute la beauté du travail interdisciplinaire ? Il permet à chacun de mieux répondre à la souffrance.
 
Une personne en détresse spirituelle, psychologique ou existentielle peut vivre une souffrance invisible pour le clinicien, mais repérable par un ISS, qui peut ensuite sensibiliser l’équipe. L’approche des ISS — fondée sur la compassion, le respect et l’espérance — reconnaît qu’il existe une part intime et profonde de l’être humain, qui influence la manière dont il fait face à la maladie, à la douleur, à la souffrance ou à la fin de vie.
 
Chaque patient vit la maladie différemment. Ce qui est acceptable pour l’un peut être intolérable pour un autre. En rendant visible cette part souvent silencieuse du vécu du patient, l’ISS permet à l’équipe d’ajuster ses interventions en fonction des valeurs, des croyances et des besoins profonds de la personne. L’ISS peut ainsi attirer l’attention de l’équipe sur diverses dimensions spirituelles qui influencent le vécu du patient, comme le sentiment de culpabilité, le besoin de pardon, les questionnements existentiels ou la quête de sens.
 
Bien connaître un patient, ce n’est pas seulement améliorer la qualité et la pertinence des soins : c’est aussi reconnaître sa dignité, soutenir son autonomie et favoriser une approche véritablement centrée sur la personne. Le travail interdisciplinaire rend possible une prise de décision partagée, éclairée et éthiquement plus juste (par exemple dans des contextes de fin de vie ou de refus de traitement).
 
Il est parfois nécessaire de rappeler que l’ISS fonde ses interventions sur des principes éthiques solides : respect de l’autonomie du patient, confidentialité, reconnaissance de la diversité et sensibilité culturelle. Sa pratique s’appuie sur des outils spécifiques comme le dialogue ouvert, l’exploration de repères (RESS)1, les rituels adaptés ou encore la prière, lorsque cela est souhaité.
 
L’ISS informe l’équipe soignante de manière claire et régulière des besoins spirituels identifiés, des ressources mobilisées et de l’évolution de l’état spirituel ou émotionnel du patient. Il partage aussi ses observations concernant l’effet des croyances sur la prise de décision médicale, la gestion de la douleur ou la préparation à la fin de vie.
 
Par exemple, dans le cas d’un patient hospitalisé après un grave accident, confronté à de lourdes séquelles et à un avenir incertain, l’ISS peut l’accompagner dans l’expression de ses doutes, de ses peurs ou de ses questionnements existentiels. Ce soutien ouvre un espace d’écoute qui aide aussi les médecins, les infirmières et les autres professionnels à mieux comprendre l’état émotionnel et les besoins profonds du patient.
 
En intégrant cette dimension, toute l’équipe adapte ses interventions — qu’il s’agisse du soutien psychologique, de la gestion de la douleur ou de la communication avec la famille — offrant ainsi un accompagnement plus complet et plus humain.
 
Après 23 ans de pratique, je fais le constat que le travail de l’intervenant en soins spirituels est essentiel pour éveiller l’attention de toute l’équipe à la richesse et à la complexité de l’expérience humaine. Ce travail collaboratif permet d’offrir aux patients un accompagnement global et personnalisé, qui va bien au-delà du traitement des symptômes, en s’appuyant sur une véritable écoute et un profond respect des dimensions spirituelles qui façonnent la vie et le bien-être de chacun.
 
Le travail de l’ISS ne se fait pas en silo : il transforme la manière dont toute l’équipe perçoit et accompagne le patient. Son rôle dépasse l’accompagnement individuel : il est un catalyseur qui enrichit la compréhension collective du patient.
 

Notes

1   Repères pour l’évaluation en soins spirituels, ©CHU de Québec-Université Laval, 2018
 

Biographie


Yves Rochette est intervenant en soins spirituels et coordonnateur professionnel au Centre Spiritualitésanté de la Capitale-Nationale — CHU de Québec. Il détient une maîtrise de l’École de counseling, psychothérapie et spiritualité de l’Université Saint-Paul à Ottawa. Il pratique également la psychothérapie en privé comme conseiller d’orientation et psychothérapeute.
 


Commentaires



 

Voir les commentaires (3)
18 janvier 2026

Merci Yves, cela correspond à ma vision de l ISS. Oui, il est plaisant que ta nièce puisse lire les notes de l ISS pour connaître l humain derrière le patient ou la patiente. Imagine un échange avec un ISS. Amitiés

Par Guy Gosselin
16 janvier 2026

Intéressant à lire. Je viens d'apprendre qu'un ISS peut avoir une certaine influence dans l'équipe soignante. Bonne nouvelle! Il me semble que je t'entendais...

Par Angèle Gélinas
15 janvier 2026

Un autre témoignage en faveur des intervenants en soins spirituels. Merci à M. Rochette

Par Agathe Brodeur

Dernière révision du contenu : le 13 janvier 2026

Signaler une erreur ou émettre un commentaire