Un établissement hospitalier comme Santé Québec CHU de Québec-Université Laval (CHU), c’est l’équivalent d’une ville1 où s’activent des femmes et des hommes dont le travail est important, mais parfois méconnu. La chronique Un secret bien gardé vous invite à découvrir leur histoire et leurs talents.
Dans cette édition : Kevin Moon et l’équipe de plomberie du CHUL.
2 500 lavabos, 800 toilettes, des centaines de kilomètres de tuyaux, de canalisations et de drains, ainsi que des dizaines de réservoirs : voilà l’immense territoire sur lequel l’équipe de plomberie du Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL) veille 24 heures par jour, 7 jours par semaine, 365 jours par année.
On pourrait penser qu’un plombier travaillant dans un hôpital est un peu comme le réparateur Maytag : il attend patiemment les appels de service qui se font rares. Mais la réalité est tout autre!
Un hôpital de la grandeur du CHUL, qui comprend plusieurs bâtiments, est comme une véritable petite ville avec des centaines de réseaux de tuyaux et des centaines d’équipements de toutes sortes qui, pour bien fonctionner, dépendent vraiment beaucoup de l’expertise des plombiers!
Et c’est sans compter qu’ils sont non seulement responsables des appareils sanitaires, mais aussi de divers travaux de construction, des canalisations d’oxygène et de gaz médicaux, de l’air climatisé et du chauffage, ainsi que de tout ce qui fonctionne avec de l’eau… ça en fait du boulot!
Et ça veut aussi dire que les plombiers doivent marcher beaucoup pour arpenter tous ces corridors, soit environ 15 000 pas chaque jour!
Une expertise variée pour une infinité de possibilités
Kevin Moon a commencé sa carrière de plombier dans le domaine de la construction. En toute logique, à son arrivée au CHUL, son patron lui confiait surtout les travaux liés à la construction. Mais peu à peu, Kevin a été affecté à toutes les autres tâches qui incombent aux plombiers, dont celles d’entretien et de réparation, et beaucoup de résolution de problèmes! Aujourd’hui, c’est lui le chef d’équipe.
« En plomberie, le travail varie selon les secteurs, par exemple la construction résidentielle. Mais dans un hôpital, ça n’a rien à voir avec une maison ou des condos! Les systèmes sont beaucoup plus gros et complexes, alors le travail varie tous les jours! On peut autant réparer une valve dans les cuisines, faire l’entretien d’une canalisation de gaz médical au bloc opératoire que du brasage2 sur des tuyaux dans une même journée! Il y a toujours des défis, mais justement, c’est l’fun parce qu’on apprend tout le temps. »
On pourrait dire que le travail de plombier dans le milieu hospitalier équivaut à une formation continue intensive, puisque les plombiers doivent apprendre à tout faire, alors que généralement, un plombier se spécialise dans un seul domaine. Pour une personne qui souhaite apprendre et toucher à plusieurs aspects du métier de plombier, le milieu hospitalier est une excellente école.
D’ailleurs, afin de pouvoir exercer sa profession, un plombier doit bien sûr avoir obtenu son diplôme, mais également détenir un certificat de compétence valide délivré par la Commission de la construction du Québec ou par Emploi Québec, ce qui représente 2 000 heures de formation par année. Enfin, pour avoir sa carte de compagnon, il faut avoir suivi 8 000 heures de formation.

Des urgences… et des surprises
L’équipe de Kevin passe beaucoup de temps à répondre aux demandes urgentes et à faire de l’entretien.
« Déboucher des drains et s’occuper de dégâts d’eau, ça revient souvent! En vieillissant, les tuyaux en fonte peuvent s’assécher et craquer sur le haut. Lorsque l’eau circule normalement, rien ne coule, donc ça ne pose généralement pas de problème. Mais quand les gens jettent d’autre chose que du papier de toilette dans la cuvette, comme des lingettes, ça bouche les conduites et fait monter l’eau dans les tuyaux. L’eau sort par les craques et crée des dégâts qui sont très désagréables pour tout le monde. »
Il y a quelques années, par un beau 25 décembre au soir, le plombier de garde a été demandé pour déboucher une toilette. L’intervention s’est avérée assez complexe pour nécessiter l’aide d’un deuxième plombier et durer plus de cinq heures… Dans ce cas, il semble qu’une personne voulait savoir combien de papier brun ça prend pour boucher une toilette, mais en général, les problèmes de ce type sont causés par de la négligence ou simplement par ignorance.
Une coordination nécessaire
Quand vient le temps de réparer une simple fuite d’eau sur un lavabo, par exemple, il y a un grand travail de coordination qui s’enclenche, parce que c’est tout le circuit qui devient à risque : « Les bâtiments et certaines composantes sont plutôt vieux, alors ça se peut que la valve ne tienne pas le coup. Ça veut dire que pour éviter d’autres dégâts ailleurs dans le circuit, il faut parfois isoler un département, des fois même une aile au complet! », dit Kevin.
Dans de tels cas, il faut planifier les interventions sans nuire aux activités normales de l’hôpital : on privilégie les moments où les activités sont réduites, donc souvent le soir et/ou la nuit! Il va s’en dire qu’une bonne planification et une bonne communication sont les clefs du succès.
Quand les réparations sont terminées et qu’il n’y a pas d’urgence à régler, l’équipe en profite pour avancer des travaux préventifs ou des projets d’amélioration.
« Par exemple, depuis quelque temps, on travaille sur le système de climatisation. En ce moment, les serpentins qui refroidissent l’air pour climatiser doivent être "hivernés" avec de l’antigel. Avec les centaines de serpentins qu’il y a au CHUL, ça coûte cher en produits et en temps, et ça demande beaucoup de manipulations. Notre projet, c’est de modifier le système pour envoyer de l’air chaud dans les serpentins afin de les assécher et d’éviter qu’ils gèlent. On a calculé que ça fera économiser au moins 15 000 $ par année au CHU », raconte Kevin.

Y a-t-il un plombier dans l’hôpital?
Tout comme c’est le cas pour l’ensemble des métiers manuels et spécialisés, l’équipe de plomberie du CHUL n’est pas épargnée par les départs à la retraite et la pénurie de main-d’œuvre. Bien que le travail soit très diversifié et intéressant, qu’il y ait de la prévisibilité et de la variété, que les conditions d’emploi comportent certains avantages par rapport au domaine de la construction, la relève se fait très rare.
Actuellement, avec un départ à la retraite annoncé, l’équipe des plombiers se demande parfois comment elle fera pour y arriver, parce que sans plombier, même si la plupart des gens ne s’en rendent pas compte, il n’y a pas grand-chose dans l’hôpital qui peut fonctionner…
Voilà tout le paradoxe du travail de nos plombiers : ils sont essentiels, mais on ne les voit pas!

Photo principale : Kevin Moon, chef d’équipe de la plomberie, devant les réservoirs de condensat3, dans le sous-sol du bâtiment H du CHUL. Source : Service des communications.
Notes
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94,4 % des villes du Québec comptent moins d’habitant(e)s que le nombre d’intervenant(e)s (17 000) du CHU. Source : https://www.mamh.gouv.qc.ca/organisation-municipale/decret-de-population/.
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Brasage : soudage de pièces métalliques à l'aide d'un matériau d'apport dont le point de fusion est inférieur à celui des pièces à réunir, de sorte que celles-ci ne participent pas à la fusion. Source : La vitrine linguistique, https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/8373101/brasage.
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Condensat : liquide obtenu par condensation d'une vapeur. Source : La vitrine linguistique, https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/8876647/condensat.