Dans un premier article du Chuchoteur portant sur les ergothérapeutes, nous avons présenté leur contribution à l’autonomie et à la reprise des activités significatives. Cette fois, découvrons comment leur expertise aide à mieux comprendre certains comportements chez les personnes vivant avec un trouble neurocognitif majeur (TNCM).
Pourquoi une personne refuse-t-elle soudainement des soins qu’elle acceptait auparavant? Pourquoi déambule-t-elle dans les corridors ou semble-t-elle agitée malgré un environnement sécuritaire?
Pour les personnes vivant avec un trouble neurocognitif majeur (TNCM), ces comportements sont souvent l’expression d’un besoin, d’un inconfort ou d’une difficulté à communiquer ce qu’elles ressentent. Comprendre ce qui se cache derrière ces manifestations représente un défi quotidien pour les équipes de soins. C’est là que l’expertise de l’ergothérapeute prend tout son sens.
Dans un contexte où le vieillissement de la population entraîne une augmentation du nombre de personnes vivant avec un TNCM, les ergothérapeutes jouent un rôle grandissant en milieu hospitalier. Leur regard unique sur les habitudes de vie, l’environnement et le fonctionnement de la personne leur permet d’agir comme de véritables détectives du quotidien afin de comprendre les comportements observés et d’identifier des stratégies favorisant le bien-être de l’usager.
Les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence (SCPD) regroupent les symptômes touchant la perception, le contenu de la pensée, l’humeur et le comportement qui surviennent fréquemment chez les personnes présentant une démence (International Psychogeriatric Association, 2015).
Les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence (SCPD) peuvent prendre différentes formes, notamment l’agitation, l’agressivité, l’errance, l’apathie, les hallucinations, les idées délirantes, l’anxiété ou encore la résistance aux soins. Bien que ces comportements puissent être perçus comme perturbateurs, ils ne doivent pas être considérés uniquement comme des symptômes à faire disparaître. Ils représentent souvent l’expression d’un besoin non comblé, d’un inconfort physique ou émotionnel, d’une difficulté à comprendre ce qui se passe autour de soi ou encore d’une inadéquation entre les capacités de la personne et les exigences de son environnement.
Ainsi, le comportement observé constitue généralement une forme de communication qu’il importe de comprendre avant d’intervenir.
Une analyse globale de la personne
Cette réalité clinique représente un défi important pour les équipes interdisciplinaires et exige une approche adaptée aux besoins particuliers de ces usagers. C’est dans cette perspective que l’ergothérapeute joue un rôle essentiel auprès de la clientèle présentant des SCPD. En s’appuyant sur une compréhension globale de la personne à travers son histoire biographique, ses habitudes de vie, ses capacités fonctionnelles et son environnement, l’ergothérapeute cherche à identifier les facteurs qui contribuent à l’apparition de ces comportements.
Puisque la personne n’arrive pas à exprimer clairement ses besoins, l’ergothérapeute devient en quelque sorte un détective qui cherche à la comprendre.
Cette analyse permet notamment de mettre en évidence les difficultés cognitives, affectives, sensorielles, perceptuelles ou physiques susceptibles d’influencer le comportement. Par exemple, une personne dont la douleur n’est pas bien soulagée peut devenir agressive lors d’un soin d’hygiène, un usager vivant de l’anxiété peut faire des demandes multiples au personnel de soins et l’ennui peut expliquer un comportement d’errance.
Des stratégies concrètes et adaptées
Une fois les facteurs à l’origine des comportements identifiés, l’ergothérapeute met en place des stratégies non pharmacologiques adaptées aux besoins de la personne. Ces interventions peuvent comprendre l’adaptation de l’environnement physique, la simplification des tâches, la mise en place de routines prévisibles, la modification de l’approche des intervenants ou l’intégration d’activités significatives correspondant aux intérêts et aux capacités préservées de la personne.
L’ergothérapeute joue également un rôle d’enseignement et d’accompagnement, tant auprès des proches afin de favoriser leur compréhension de la maladie et de ses répercussions au quotidien qu’auprès des intervenants, en les guidant sur les approches à privilégier pour prévenir ou mieux gérer les comportements réactifs. Dans l’éventualité où le retour à domicile n’est plus envisageable, l’ergothérapeute fournit des informations essentielles à l’équipe du service social afin de faciliter l’identification d’un milieu de vie correspondant aux besoins de la personne, favorisant ainsi une relocalisation harmonieuse au congé de l’hôpital.
« J’ai eu l’occasion de constater à plusieurs reprises l’impact positif de l’implication des ergothérapeutes auprès de la clientèle avec SCPD à l’Hôpital du Saint-Sacrement. En adaptant l’environnement et les activités aux besoins et aux capacités de la personne, ils contribuent à réduire la détresse et à favoriser le bien-être. J’ai vu des situations complexes s’améliorer grâce à leur créativité, leur sens de l’observation et leur approche centrée sur la personne. » - Mélissa Létourneau, travailleuse sociale, Hôpital du Saint-Sacrement
En somme, tel un détective, l’ergothérapeute mène l’enquête afin de comprendre ce qui se cache derrière les comportements observés.
Toutefois, son rôle ne s’arrête pas à cette compréhension : il vise également à diminuer les comportements problématiques à l’aide d’interventions non pharmacologiques adaptées, tout en favorisant la participation aux activités significatives, le bien-être, la qualité de vie et le maintien de la dignité des personnes vivant avec un trouble neurocognitif majeur (TNCM).
Photo : Marie Benoît, ergothérapeute, Hôpital du Saint-Sacrement. Source : Direction des services de santé et des services sociaux multidisciplinaires.