Réflexion sur notre rôle auprès de nos clientèles des Première Nations



« Ne fais pas de comparaison, considère chaque chose pour ce qu’elle est. Respecte toute vie, dégage ton cœur de l’ignorance. »

Sagesse amérindienne, Dhyani Ywahoo


En avril dernier, une femme avec laquelle j’avais eu des conversations captivantes au fil des ans est décédée, emportée par la COVID-19. Elle s’appelait Sylvie Vincent et était anthropologue. Durant toute sa carrière, j’ai vu en elle une femme merveilleuse, déterminée et passionnée par l’histoire des peuples autochtones. Elle s’est intéressée aux Algonquins et aux Cris, puis, plus près de nous, aux Hurons-Wendat et ces dernières années, aux Innus.

Lors de l’un de nos échanges sur les soins et les services que nous offrons à nos clientèles en provenance de la communauté Innue de la Côte-Nord, elle m’avait fait réfléchir en utilisant quelques mots d’Innu : « À la question Miam a? ("Est-ce que ça va bien? "), je voudrais entendre Eshe! ("Oui! "), mais j’entends plutôt Mauat… ("Non…") ». 

« Bien aller », nous le savons tous, ne se résume pas seulement à notre état de santé physique. C’est quelque chose de plus large, de plus global, qui rejoint aussi ce que nous sommes, qui nous sommes. Nous allons bien quand notre santé physique est bonne, certes, mais nous allons encore mieux quand notre santé mentale est bonne et que nos besoins supérieurs sont comblés. Le respect et la considération de la primauté de l’humain et de son individualité doit être au cœur de notre réflexion sur la santé. C’est ce qui nous a fait inscrire l’HUMANISME comme valeur fondamentale du CHU de Québec-Université Laval (CHU). 

L’actualité récente et la terrible tragédie qui est arrivée à une femme, une épouse, une sœur, une mère de la communauté des Attikameks de Manawan nous oblige individuellement et collectivement à réfléchir sur nos attitudes et nos comportements.

Depuis quelques années, le CHU a entrepris une démarche de réflexion et a convenu d’actions à poser pour être à même de mieux jouer son rôle auprès de sa clientèle provenant des Premières Nations. Pour ce faire, nous nous sommes rapprochés d’un partenaire de toute première importance : la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador. 

Notre conseil d’administration et notre équipe de direction, voulant marquer le pas, se sont donné une formation sur la sécurisation culturelle. Nous y avons pris conscience que plusieurs de nos réflexes sont conditionnés par l’ignorance de l’histoire et du vécu des Première Nations ainsi que par des perceptions que nous avons des membres de ces Nations. Ces perceptions, souvent négatives, prenant appui sur des mythes et des anecdotes, nuisent au regard que nous posons sur la réalité autochtone et à l’établissement d’un véritable rapport d’égalité dans lequel nos actions et nos soins pourront prendre tout leur sens.

Notre président-directeur général, monsieur Martin Beaumont, a, pour sa part, obtenu une certification en lien avec une formation suivie sur la sécurisation culturelle (Indigenous Cultural Safety Training).

Il est utile de se rappeler que nous vivons tous et toutes sur des territoires non cédés par les Premières Nations et que le sol que nous foulons tous les jours dans la grande région de Québec est en partie celui des Iroquois du Saint-Laurent, de la Confédération des Abénakis et de la Nation Huronne-Wendat. Si nous nous sentons chez nous, il serait sage de comprendre que ce « chez nous », c’est d’abord un « chez eux » que nous partageons avec eux.

Dans la littérature générale en santé, on cite souvent l’autodétermination comme l’un des déterminants de la santé les plus importants, car il influence tout dans son sillon : sécurité fondamentale, éducation, santé, etc.

Pierre Picard, expert-conseil et formateur, qui a partagé avec nous son savoir en formation, nous expliquait comment nous pouvons agir très simplement, en prenant le temps de comprendre les différences culturelles et en les acceptant. Parmi les nombreux exemples qu’il nous a donnés, citons le développement d’une compréhension de la sphère familiale autochtone et de la notion de famille élargie; le respect du rythme, des pauses, des regards, des silences chez nos clients; la prise en considération qu’il y a des mots et des concepts inexistants dans plusieurs langues autochtones, comme « cancer », « estime de soi », « violence »; le respect du fait que la dimension spirituelle et les pratiques traditionnelles sont différentes ne sont que quelques exemples.

Je vous invite à consulter, sur notre site internet, le plan d’action de la présente année et le bilan que nous avons réalisé de la dernière année. Nous y prévoyons de la formation en sécurisation culturelle et différentes activités afin de mieux connaître la réalité des Premières Nations et de travailler, ensemble, à mieux répondre à certains besoins ciblés.

Tshinashkumitin! (« Merci! »)
Daniel La Roche
DQEEAI
 

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Nous offrons la chance aux 10 premiers employés à nous écrire à daniel.laroche@chudequebec.ca de pouvoir suivre cette formation en cours d’année. D’une durée de 8 heures, elle alterne entre des éléments théoriques et des échanges en groupe sur le sujet avec des représentants des Premières Nations.

 

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La notion de sécurisation culturelle (cultural safety) a vu le jour en Nouvelle-Zélande, à la fin des années 1980, en réponse à la marginalisation et à la discrimination vécues par les Maoris dans le système de santé allochtone (Ramsden, cité par Dufour, 2016). Au Canada, la notion de sécurisation culturelle a également été utilisée en santé (Baba, 2013). 

Au cœur des rapports entre les Premiers Peuples et les allochtones, cette démarche sous-tend :

  • la considération des effets de la colonisation et des traumatismes qui en découlent;
  • la reconnaissance et le respect des différences culturelles et sociales;
  • une compréhension des enjeux auxquels sont confrontés les Premiers Peuples aujourd’hui, qu’ils vivent dans une communauté éloignée ou en milieu urbain;
  • la volonté de collaborer avec les Premiers Peuples dans le développement, la prestation et l’évaluation de services ou d’initiatives qui leur sont destinés;
  • l’engagement à adopter des modèles de déploiement de services ainsi que des pratiques qui tiennent compte des valeurs, des cultures et des réalités des Premiers Peuples;
  • une volonté collective, voire institutionnelle, de transformer nos façons de voir et de faire dans une perspective de justice et d’innovation sociales.

 
26 octobre 2020

j'aimerais vraiment beaucoup faire une telle formation, meme pour ma culture personnel et surtout m'aider dans mon travail.

Par Jean-yves Gingras
13 octobre 2020

Excellente réflexion. Tshin!ashkumitin!

Par Lynda Bélanger
13 octobre 2020

Excellent texte M. La Roche! Cela mène à réflexion...

Par Patrick Lacasse
8 octobre 2020

Tshinashkumitin pour votre texte concernant les Peuples des Premières Nations. Nous avons beaucoup à apprendre de leur histoire, de leurs valeurs et de leur spiritualité. Espérons que nous arriverons à mieux les connaitre et réussirons à nous élever jusqu'à eux.

Par Michelle Girard, ts
8 octobre 2020

Tshinashkumitin pour votre texte concernant les Peuples des Premières Nations. Nous avons beaucoup à apprendre de leur histoire, de leurs valeurs et de leur spiritualité. Espérons que nous arriverons à mieux les connaitre et réussirons à nous élever jusqu'à eux.

Par Michelle Girard TS
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Dernière révision du contenu : le 3 décembre 2021

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