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Recherche clinique en uro-oncologie : aller plus loin avec la recherche translationnelle

20 novembre 2019

Le cancer est un ennemi redoutable qui ne cesse de ruser. Afin de le combattre, il faut user de stratégie et employer toutes les armes dont nous disposons. Le Dr Paul Toren a choisi de s’y attaquer en combinant recherche clinique et recherche fondamentale.
 
Après des études en médecine et une spécialisation en uro-oncologie effectuées en Ontario, le Dr Paul Toren a terminé un fellowship1 en recherche fondamentale, sur le cancer de la prostate résistant, au Vancouver Prostate Centre. Il y a quatre ans, il a joint le CHU de Québec-Université Laval (CHU) afin d’intégrer une équipe de cliniciens chercheurs particulièrement motivés. « La recherche, ce n’est pas quelque chose que l’on peut faire seul. Je suis venu ici parce qu’on y trouve une équipe de médecins spécialistes qui s’intéressent beaucoup à la recherche, mais aussi parce qu’il y a l’infrastructure nécessaire à la recherche. Au CHU, nous recevons un appui local, mais il est aussi possible de recevoir un appui provincial avec les Fonds de recherche du Québec en santé (FRQS) », fait remarquer le Dr Toren.
 
Le groupe comprend une dizaine d’urologues et d’hémato-oncologues spécialisés dans les cancers urologiques qui partagent leur temps entre les consultations cliniques et la recherche; ils s’intéressent plus particulièrement aux cancers de la prostate et de la vessie, mais aussi aux cancers du rein et des testicules. Une trentaine d’études cliniques sont en cours, et chacun des membres du groupe en pilote quelques-unes, selon son expertise.
 
Depuis qu’il fait de la recherche, le Dr Toren s’est spécialisé en hormonothérapie, soit l’influence des stéroïdes sexuels sur la progression du cancer de la prostate. Et depuis qu’il est au CHU, il a également raffiné ses connaissances en immunologie, puisque son mentor, le Dr Yves Fradet, ainsi que plusieurs de ses collègues sont des experts en ce domaine.
 
Comme le Dr Toren, d’autres membres de l’équipe ajoutent aussi la recherche fondamentale à leurs activités : « Nous sommes six membres du groupe à faire de la recherche translationnelle, c’est-à-dire un maillage entre recherche fondamentale et recherche clinique. Notre atout, c’est que d’une part, nous connaissons les besoins ainsi que les enjeux cliniques alors que, d’autre part, nous comprenons les notions de recherche fondamentale. Les deux domaines se nourrissent mutuellement et nous permettent d’aller plus loin. »
 
Principales études
Outre les études auxquelles le Dr Toren participe en tant que membre du groupe de recherche, il est également l’investigateur principal local sur un essai clinique de phase 32 multinational commencé en juin dernier. Cet essai porte sur l’hormonothérapie néoadjuvante pour traiter les cancers non métastatiques dont le risque de récidive est élevé. Ce type de thérapie hormonale, administrée avant la chirurgie, pourrait contribuer à diminuer la taille de la tumeur ainsi que les risques de récidive.
 
Une autre des études du Dr Toren s’intéresse aux nouveaux inhibiteurs de PARP dans le cancer de la prostate hormono-résistant. Les PARP sont des protéines qui sont impliqués dans la réparation de l’ADN; ainsi, les inhibiteurs de PARP empêchent la réparation et la multiplication des cellules endommagées qui causent le cancer. Dans certains cas où il n’y a plus de réponse aux autres traitements standards, les inhibiteurs de PARP pourraient être efficaces.
 
Par ailleurs, au cours des dernières années, il a été prouvé que la combinaison de traitements pour bloquer l’action ou la fabrication d’androgènes (hormones mâles) ainsi que leur utilisation dès les premiers stades de la maladie augmentaient significativement l’effet thérapeutique. Les études tendent maintenant à trouver d’autres combinaisons efficaces, mais aussi mieux adaptées aux différents types de cancers de la prostate. C’est ainsi que la troisième étude clinique sur laquelle le Dr Toren participe en tant qu’investigateur principal local se penche sur une combinaison de traitements pour le cancer de la prostate résistant à l’hormonothérapie : la combinaison de l’abiratérone et d’un inhibiteur de voie Akt. L’abiratérone est un anti-androgène qui empêche la fabrication des androgènes, tandis que l’Akt est une protéine capable de bloquer le processus de mort cellulaire, ce qui signifie qu’elle permet aux cellules cancéreuses de survivre. En combinant l’anti-androgène à un inhibiteur de voie Akt, le Dr Toren espère trouver un traitement plus efficace que les options thérapeutiques actuelles.
 
Au laboratoire, l’équipe du Dr Toren participe également à des études sur les cellules immunes dans les tumeurs de patients atteints d’un cancer de la prostate ou de la vessie. « Nous analysons les cellules immunes ainsi que le microenvironnement tumoral afin de comprendre les différences de réaction immunitaire entre les patients. Nous voulons aussi comprendre pourquoi les réactions sont différentes d’un patient à l’autre et comment le système immunitaire se modifie dans le temps. »
 
Multiplier les options
Le fait de travailler en équipe permet d’être impliqué dans plus d’études et donc de pouvoir offrir plus d’options intéressantes aux patients. Et si ces options sont intéressantes, c’est notamment grâce à la combinaison des recherches clinique et fondamentale : « la biologie permet de mieux comprendre tout ce qui peut influencer le cours d’un traitement – la réponse au traitement actuel, mais possiblement aussi la réponse au prochain traitement –, et donc de créer des traitements plus personnalisés pour nos patients. »
 

  1. Fellowship : diplôme de surspécialité médicale, parfois appelé « formation complémentaire ».

  2. Les essais cliniques comportent habituellement trois phases. Phase 1 : traitement administré pour la première fois à des humains pour vérifier son innocuité et déterminer la dose optimale. Peu de participants. Phase 2 : vérification de l’efficacité d’un traitement selon une dose déterminée. Plus grand nombre de participants. Phase 3 : comparaison de l’efficacité du nouveau traitement avec celle du traitement habituel. Grand nombre de participants.

Dernière révision du contenu : le 20 novembre 2019

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