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Recherche clinique en gynécologie : une passion qui se transmet

16 octobre 2019

La Dre Sarah Maheux-Lacroix.

Passionnée et énergique, la Dre Sarah Maheux-Lacroix, gynécologue, fait assurément partie des chanceux qui sont tombés dedans quand ils étaient petits…

Il faut dire que la Dre Maheux-Lacroix a été imprégnée de l’univers de l’obstétrique et de la gynécologie depuis toujours, puisque son arrière-grand-père et son grand-père étaient accoucheurs à la campagne et que son père était gynécologue. S’il semblait naturel pour elle de suivre cette voie, son intérêt pour la recherche l’a toutefois incitée à prendre les bouchées doubles : en parallèle de son cours de médecine, elle a terminé une maîtrise en épidémiologie1. Ensuite, pendant sa résidence, elle s’est lancée dans un doctorat dans ce même domaine. « Je continuais à faire des projets de recherche, mais je dépendais toujours des biostatisticiens pour les statistiques. En troisième année de résidence, je me suis décidée à m’inscrire au doctorat en épidémiologie. Ensuite, j’ai fait mon fellowship2 en chirurgie gynécologique à Sydney, au Royal Hospital for Women, puis j’ai terminé mon doctorat pendant que je commençais à travailler. » Infatigable, la Dre Maheux-Lacroix a aussi donné naissance à deux belles petites filles à travers tout ça!
 
Maintenant qu’elle est au CHU de Québec-Université Laval (CHU), elle partage son temps de travail entre la clinique et la recherche.
 
Percer le mystère de l’endométriose
La Dre Maheux-Lacroix s’intéresse à tout ce qui entoure la santé de la femme, mais plus spécifiquement au traitement de l’endométriose3. « C’est une maladie qui a un impact énorme sur la qualité de vie des femmes qui en sont atteintes. La douleur peut être tellement forte qu’elles doivent s’absenter de l’école ou du travail, et parfois même éventuellement revoir leurs objectifs de vie à la baisse. Et c’est sans compter les répercussions négatives sur leur sexualité et leur fertilité, explique-t-elle. Médicalement, c’est un beau défi, parce que c’est une maladie qui peut se répandre dans tout le bassin, même dans le reste du corps, et qui est chirurgicalement difficile à opérer. »
 
Pour traiter l’endométriose, il existe deux types d’approches thérapeutiques : les hormones pour soulager les symptômes et, quand celles-ci ne suffisent plus ou ne sont pas tolérées, la chirurgie pour retirer les lésions. Au cours des dernières années, des avancées énormes ont été faites du point de vue chirurgical grâce à la laparoscopie4 : d’une part, la longue incision de l’abdomen a été remplacée par de petits trous; d’autre part, la caméra permet de voir des lésions qui passaient autrefois inaperçues. « Dans mes travaux de recherche, j’ai observé que des lésions peuvent parfois s’étendre dans les péritoines5 qui semblent sains. Je pense qu’une excision plus large de l’endométriose, afin de retirer le maximum de sites inflammatoires, pourrait améliorer les résultats de la chirurgie. Dans mes travaux, je mesure l’impact de ces chirurgies plus extensives sur les récidives, sur la douleur ressentie, sur la qualité de vie des femmes et sur le risque de devoir les opérer à nouveau », précise la Dre Maheux-Lacroix. Elle travaille notamment avec Marc Pouliot, chercheur en maladies infectieuses et immunitaires au Centre de recherche du CHU, spécialiste des réactions inflammatoires, qui analyse le niveau d’inflammation des lésions superficielles sur des péritoines qui ont l’air sains.
 
Elle collabore également avec le Dr Paul Young, gynécologue et directeur du centre de recherche du BC Women’s Center for Pelvic Pain & Endometriosis de Vancouver. Celui-ci, qui est à la fois clinicien et chercheur fondamental, scrute les gènes pour essayer de comprendre comment l’endométriose se développe.
 
Développer des chirurgies moins invasives
Parmi les autres intérêts de recherche de la Dre Maheux-Lacroix, on compte la chirurgie. « Plusieurs options médicales s’offrent aux femmes ayant un trouble gynécologique, mais il arrive que celles-ci ne fonctionnent pas ou ne soit pas tolérées par les femmes. Il faut donc trouver des solutions de rechange et la chirurgie en fait partie. Mon objectif, c’est de rendre les chirurgies le moins invasives possible, et on y arrive de mieux en mieux avec la laparoscopie », expose-t-elle.
 
L’un de ses projets de recherche, mené en collaboration avec le Dr Philippe Laberge, gynécologue au CHU, porte justement sur la technicité, soit le pourcentage de chirurgies qui sont faites uniquement par laparoscopie. Leur étude porte sur les hystérectomies pratiquées au Québec depuis les dix dernières années (soit 96 431 opérations!) : les deux gynécologues veulent déterminer quels sont les facteurs limitant ainsi que les facteurs favorisant l’atteinte d’un haut taux de technicité. « Chez les femmes canadiennes, l’hystérectomie est l’opération la plus fréquente après la césarienne. C’est donc un bel indicateur de la qualité des soins dans les différents centres de santé, puisque plus le taux de technicité est fort, plus les risques associés à l’opération diminuent », précise la chercheuse. En s’associant à la Dre Innie Chen, gynécologue et chercheuse clinicienne à l’Hôpital d’Ottawa, la Dre Maheux-Lacroix participera maintenant à l’analyse des données à l’échelle canadienne afin de développer de nouvelles stratégies pour améliorer les taux de technicité dans les provinces.
 
La « morcellation » mécanique de l’utérus par laparoscopie, qui permet d’éviter une grande incision abdominale, fait aussi partie de ses études cliniques. Alors que cette intervention a soulevé une grande controverse dans les dernières années, des équipes développent de nouvelles techniques pour rendre le tout plus sécuritaire, dont la « morcellation » des fibromes ou des utérus à l’intérieur d’un sac qui empêche la propagation de cellules potentiellement cancéreuses dans l’abdomen. « Nous avons étudié les impacts possibles de cette technique sur une cohorte de 252 patientes : temps opératoire requis, fréquence des complications, nombre de cas présentant une pathologie à risque de se propager, étanchéité du sac, etc. Selon nos résultats actuels, la technique est possible dans la majorité des cas », détaille la Dre Maheux-Lacroix.
 
Traiter l’infertilité inexpliquée par le lavage utérin
Toujours dans l’idée de développer des traitements moins invasifs, la gynécologue mène également un essai clinique sur l’infertilité inexpliquée. Dans les cas où les causes communes d’infertilité ont été écartées, la médecine a peu d’options à offrir. Pourtant, un simple test diagnostic pourrait avoir une portée thérapeutique : « Lors des tests de perméabilité tubulaire6 par échographie, nous injectons de l’eau saline dans l’utérus. Avec le temps, nous avons constaté qu’à la suite de ce test, le nombre de grossesses triple et que l’effet est d’autant plus important chez les femmes souffrant d’endométriose. Notre hypothèse est que ce lavage utérin pourrait permettre de déloger des bouchons de mucus et des molécules inflammatoires empêchant la grossesse. Il s’agirait d’un traitement, simple et peu coûteux en plus d’être non invasif. »
 
Par des revues systématiques, la Dre Maheux-Lacroix a déterminé que l’échographie saline (hystérosonosalpingographie) présente une excellente valeur diagnostique tant pour l’évaluation de la perméabilité tubaire que pour les anomalies utérines. Cet examen est d’ailleurs devenu un standard dans l’évaluation initiale des femmes avec infertilité inexpliquée. « Nous cherchons maintenant à déterminer quels éléments du lavage utérin ont un maximum d’efficacité, par exemple le fait de procéder à celui-ci juste avant l’ovulation », résume la Dre Maheux-Lacroix.
 
Une source inépuisable
La gynécologue est impliquée dans des dizaines d’autres projets, que ce soit avec l’équipe de Sydney, avec ses étudiants ou avec ses collègues. « La clinique est un véritable bouillon d’idées scientifiques et le CHU est un milieu académique extrêmement stimulant où collègues et résidents ne cessent d’amener de nouvelles idées. Avec ma formation en épidémiologie, je suis devenue un catalyseur de projets dans le département, une sorte de pilier méthodologique qui fait le pont entre les questions de recherche, la méthodologie et les statistiques. »
 
À travers cette multitude d’idées et de collaborations, elle ne souhaite qu’une chose : briser les silos afin de favoriser la circulation des connaissances ainsi que leur avancement. « Si nous pouvions harmoniser nos méthodes et accéder aux données d’autres équipes, nous pourrions faire nos études sur des cohortes beaucoup plus représentatives et obtenir des résultats plus fiables. Selon moi, le vol d’idées n’existe pas. Il y a tellement de travail à accomplir; il faut plutôt penser en termes de partage et de collaborations internationales », conclut-elle.
 
Notes :

  1. Épidémiologie : étude de la fréquence et de la répartition des problèmes de santé des populations. Les études de deuxième et de troisième cycles en épidémiologie permettent notamment d’acquérir la méthodologie et les notions de biostatistiques nécessaires à la recherche.
  2. Fellowship : diplôme de surspécialité médicale, parfois appelé « formation complémentaire ».
  3. Endométriose : « L’endomètre est le tissu situé à l’intérieur de l’utérus qui est responsable des menstruations. L’endométriose est une maladie gynécologique caractérisée par la présence de tissu de l’endomètre en dehors de l’utérus, soit sur les ovaires, les trompes ou les ligaments qui supportent l’utérus et aussi sur les organes avoisinants comme la vessie et l’intestin. » Source : Association des obstétriciens et gynécologues du Québec, http://www.gynecoquebec.com/sante-femme/endometriose/19-endometriose.html.
  4. Laparoscopie : « La laparoscopie est une intervention qui permet d’examiner l’abdomen ou le bassin à l’aide d’un laparoscope, qui est un instrument mince semblable à un tube muni d’une source lumineuse et d’une lentille. » Source : Société canadienne du cancer, https://www.cancer.ca/fr-ca/cancer-information/diagnosis-and-treatment/tests-and-procedures/laparoscopy/?region=qc.
  5. Péritoine : « Membrane séreuse qui tapisse les parois intérieures de la cavité abdominale et pelvienne (péritoine pariétal) et qui recouvre les organes contenus dans ces cavités (péritoine viscéral), à l’exception de l’ovaire. » Source : Le Petit Robert de la langue française, 2019.
  6. Test de perméabilité tubulaire : examen qui permet de vérifier si les trompes de Fallope sont perméables ou obstruées, deux causes possibles d’infertilité.
 
 

Dernière révision du contenu : le 16 octobre 2019

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