Août 2016 | 5 titres à découvrir




AU BORD DU GOUFFRE

Rochon, René
Lévis, Fondation littéraire Fleur de Lys, 2014, 112 pages

Non, quoiqu’en disent certaines personnes, on ne choisit pas d’avoir le cancer comme on décide un jour de faire l’ascension du Kilimandjaro. Une métaphore judicieusement choisie par l’auteur.
 
René Rochon avait soigneusement planifié une retraite idyllique à la campagne dans une coquette maison qu’il avait lui-même construite. Jeune soixantaine, il était en pleine possession de ses moyens, se conformait fidèlement aux règles d’une bonne hygiène de vie: nourriture saine, exercices physiques quotidiens, projets valorisants. Bien dans son corps et dans sa tête, confiant en l’avenir, il était le portrait type de l’homme invincible. Au grand jamais, ce biologiste de formation ne s’était porté volontaire pour vivre une telle expérience. Pour citer l’auteur: « Le cancer, ça donne un coup de frein dans une vie : une confrontation brutale avec la réalité. » Un choc! Un terrible choc!
 
Si l’on y regarde de près, la longue et pénible ascension du Kilimandjaro et la descente vertigineuse au bord du gouffre d’une personne aux prises avec une chimiothérapie s’apparentent. L’une comme l’autre se définit comme étant une épreuve de haut niveau impliquant tout au long du parcours des souffrances physiques intolérables : blessures, chutes, rechutes, fatigue, accablement, épuisement, maux de cœur, diarrhée et j’en passe. À celles-ci s’ajoutent le poids insupportable des douleurs morales : doute quant à la capacité de pouvoir se rendre à la prochaine étape, crainte de se retrouver dans l’obligation d’abandonner avant la fin, hantise à la pensée que ce parcours ne soit l’ultime voyage, celui dont on ne revient pas vivant.
 
Ce livre est un puissant témoignage, une description lucide et exhaustive des hauts et des bas d’une chimiothérapie. Une mise à nu, sans fausse pudeur et du corps et de l’âme! Quelques lignes bien senties, de courtes mais profondes réflexions, de multiples questionnements existentiels, de douloureuses prises de conscience et de pénibles lâcher-prises.
 
Pour contrer cet affreux goût de métal qui imprègne aliments et breuvage, René Rochon nous convie à un banquet littéraire sans produits chimiques. Que de bonnes choses: un cocktail de réparties explosives, des comparaisons et des métaphores pertinentes, intelligentes, colorées et savoureuses, des mots d’esprit raffinés, délicats et délicieux, un humour juteux et rafraîchissant.
 
Une telle expérience, nous confirme l’auteur, ne peut faire autrement que d’être à l’origine d’une transformation profonde et durable. « Rien de tel, en effet, qu’une pareille épreuve pour vous rebrasser les valeurs et les priorités et pour vous permettre d’établir à nouveau ce qui est important dans la vie. » En guise de conclusion, l’auteur partage avec nous, « Mon Credo » un texte remarquablement bien pensé, le fruit, écrira-t-il, d’une leçon de vie durement acquise. – Marie-Stella Cadorette
 



PRENEZ SOIN DE VOTRE INTÉRIORITÉ

Laurin, Jacques
Montréal, Médiaspaul, 2015, 316 pages
 
En lisant ce livre, ce n’est pas le docteur en linguistique non plus que l’éditeur ou l’expert en communication qui a eu l’heur de me séduire, mais bien le philosophe, le formateur et le pédagogue.
 
Tout au long de ma lecture, je me voyais à la table d’un café en compagnie d’un ami, lequel en toute confiance, bienveillance et générosité m’offrait le fruit de ses réflexions et de son travail. L’œuvre de toute une vie d’expériences et de prises de conscience.
 
Rétrospectivement, je reconnais en Jacques Laurin le pédagogue qui propose à ses étudiants et étudiantes un programme intensif de formation personnelle et sociale. Deux parties au programme: heureux avec soi, heureux avec les autres. L’auteur aborde 90 thèmes. Les uns relèvent davantage de prérequis au bonheur : l’importance à donner à la vie, au moment présent, à l’énergie, à l’alimentation, à la respiration, à l’exercice, au sommeil. Certains traitent des habiletés à développer: l’ouverture d’esprit, l’empathie, la patience, l’optimisme, la gratitude, la douceur… D’autres thèmes font appel aux compétences: l’autodiscipline, la gestion du stress, des émotions, des conflits… ou encore à l’acquisition de connaissances: l’art de bien vieillir, la transmission du savoir aux jeunes, la surabondance d’informations, les voyages… Des thèmes sont également consacrés aux obstacles à surmonter : la peur de soi, le complexe d’infériorité, la procrastination, l’envie, la jalousie, l’épreuve, la mort…
 
Le livre « Prenez soin de votre intériorité » est un livre que j’aurais aimé avoir écrit. Je le vois comme un legs laissé à la future génération, un héritage spirituel. Je ne peux m’empêcher de faire un lien entre l’appréciation que je voudrais vous livrer et l’injonction du laboureur à ses fils dans la fable du même nom écrite par M. Jean de La Fontaine « Gardez-vous de vendre l’héritage que vous ont laissé vos parents, un trésor est caché dedans. » Je vous exhorte à lire ce livre, car il renferme, au même titre que la terre du laboureur, un trésor de sagesse. – Marie-Stella Cadorette
 



LE TEMPS QUI FLEURIT

Bélanger, Rodrigue
Montréal, Médiaspaul, 2014, 110 pages
 
Vieillir. Bien vieillir, c’est tout un art. L’auteur de ce petit livre nous partage avec justesse ses réflexions philosophiques, théologiques et spirituelles sur cette étape si importante de la vie. Il s’inspire de sa propre expérience devant le temps qui passe. À certains jours ou à certaines périodes de notre vie, nous voudrions tellement arrêter ce temps qui passe. Et pourtant « vivre, c’est apprendre le changement et en faire son profit, depuis le plus jeune âge jusqu’au dernier jour de la vieillesse ». Chaque étape de notre vie est importante… Avec lucidité, l’auteur aborde cette étape de vie qu’est la vieillesse. Apprivoiser la vieillesse fait partie de la vie, nous ne pouvons y échapper. Vieillir, ce n’est pas seulement une expérience individuelle, mais c’est aussi une réalité sociale. Il nous rappelle que « la vieillesse n’est pas l’âge de toutes les misères et de tous les malheurs ». Comme intervenant en soins spirituels accompagnant des personnes en fin de vie, j’ai apprécié le dernier chapitre du livre qui a été écrit par Ève Bélanger, la fille de l’auteur. Elle nous partage son expérience qu’elle a vécue, comme jeune professionnelle, sur une unité de soins palliatifs de fin de vie. Ce petit livre est plein de vie et de sagesse humaine. – Michel Delorme
 



LES NOUVEAUX AVENTURIERS DE LA SPIRITUALITÉ

Barbier-Bouvet, Jean-François
Montréal, Médiaspaul, 2015, 248 pages
 
Cet ouvrage nous propose la plus vaste enquête de société jamais réalisée pour comprendre les pratiques et les aspirations des chercheurs de spiritualité en France. Le fait est indéniable, en quelques décennies, le paysage religieux a considérablement changé et les chercheurs spirituels font souvent du « hors-piste » pour découvrir et intégrer le message de maîtres à penser de tous horizons. Les membres du groupe d’étude sur les recherches et les pratiques spirituelles émergeantes – le GERPSE – ont dressé le profil socio-démographique de 6000 répondants, analysé leur quête d’intériorité, leurs démarches de développement personnel, thérapeutique et religieux, ainsi que leurs attentes en matière de cheminement intérieur. Il a fallu deux ans de travail pour colliger, analyser et mettre en perspective toutes ces réponses, mais cette recherche permet de reconsidérer de manière objective un certain nombre d’idées toutes faites sur les nouvelles démarches de recomposition spirituelle.
 
Les conclusions de cette enquête seraient-elles les mêmes au Québec? Difficile à dire! Cependant, cette recherche sera certainement très utile à tous ceux que l’éducation, la pastorale, la sociologie et la psychologie intéressent. Ce minutieux travail d’analyse permet de préciser les contours du religieux et de la spiritualité, de définir les divers champs d’observation et de clarifier les questions ambigües. De nombreux tableaux rendent cet ouvrage, sinon facile à lire, du moins accessible au lecteur profane qui peut y trouver matière à réflexion sur sa propre quête, ses croyances ou son appartenance à une famille spirituelle. Et comme le dit fort justement Élisabeth Marshall, rédactrice en chef de La Vie qui a signé la préface de ce livre : « Nous voici au cœur des laboratoires de la spiritualité de demain. » – Claudette Lambert
 



SE RELEVER APRÈS L’ABUS SEXUEL

Sous la direction de Karlijn Demasure
Bruxelles, Lumen vitae, 2015, 104 pages
 
Cet ouvrage, destiné aux intervenants psychosociaux et spirituels, vise à favoriser la reconstruction des victimes d’abus sexuel. Différents auteurs développent les réflexions suivantes : la compréhension de ce qu’est l’abus sexuel afin de pouvoir le repérer pour l’éliminer; l’énumération des souffrances que l’abus sexuel inflige à la personne abusée qui s’inscrivent principalement dans des sentiments de trahison de confiance, de honte et de culpabilité; la description d’une démarche qui conduit vers la guérison.
 
La première démarche vers la guérison consiste à offrir à la personne abusée un espace de sécurité où elle pourra retrouver l’estime de soi et reconnaître qu’elle n’est pas responsable de l’abus subi. Les auteurs croient que la guérison est une démarche profondément spirituelle qui fait partie de la résilience. Également, ils croient qu’il ne faut pas précipiter l’intégration de la spiritualité ou de la religion dans la démarche de guérison pour éviter qu’elles ne deviennent des sources additionnelles de souffrance.
 
En fait, la spiritualité est une façon de se « connecter » à d’autres personnes aptes à aider les survivants à rétablir la confiance en eux-mêmes. Ces liens de confiance pourront favoriser le pardon et la réconciliation avec soi-même. Se pardonner à soi-même précède tant le pardon, si possible et désirable, et la réconciliation avec l’abuseur et avec Dieu lui-même puisque bien des survivants se sont sentis abandonnés, trahis par Dieu.
 
Enfin, il s’agit de bien former les accompagnateurs spirituels et les thérapeutes travaillant avec des survivants d’abus sexuels en vue de favoriser leur guérison, c’est-à-dire les aider à développer des liens de confiance capables de rétablir des attachements sécuritaires avec soi-même, avec les autres et avec Dieu. – Cécile Charbonneau




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