Vaccination : pourquoi oui, pourquoi non?

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Quels facteurs incitent les gens à se faire vacciner ou, au contraire, à ne pas se faire vacciner? Cette question, simple en apparence, pourrait résumer le programme de recherche de Ève Dubé, professeure agrégée au Département d’anthropologie de l’Université Laval, chercheuse de l’axe Maladies infectieuses et immunitaires au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval (CRCHU) et titulaire de la chaire Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) sur l’anthropologie des enjeux de la vaccination Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)-Université Laval.

Alors que ses collègues s’intéressent à l’efficacité et à la sécurité des vaccins, Ève Dubé se penche plutôt sur les motivations qui incitent les personnes à accepter la vaccination ou, au contraire, à y résister. 

« En santé publique, on mesure surtout les taux de vaccination. Mais pour étudier l’hésitation à la vaccination, on ne doit pas s’intéresser uniquement à la décision en tant que telle, mais aussi aux attitudes, aux connaissances, aux perceptions, au réseau social, à la religion et à la culture des gens afin de comprendre leurs motivations. Entre les pôles "vacciné(e)" et "non vacciné(e)", il a divers degrés d’ambivalence à l’égard des vaccins : par exemple, les personnes peuvent retarder la vaccination, refuser certains vaccins ou encore les accepter, mais en doutant de leur décision. Ce sont toutes ces variantes qui nous intéressent, mon équipe et moi », explique la professeure Dubé.

Parmi les sujets récurrents étudiés par l’équipe, il y a les liens entre mésinformation et comportements en matière de vaccination. « Avec l’accord des administrateurs de certaines communautés virtuelles, sur Facebook par exemple, nous observons les discussions sur la vaccination et les maladies infectieuses. À l’inverse des approches utilisant des données massives, nous faisons une analyse poussée à partir d’un échantillon, ce qui permet d’obtenir des résultats plus nuancés », précise Benjamin Malo, doctorant en anthropologie et professionnel de recherche dans l’équipe. 

Par exemple, l’un des projets vise à comprendre les effets de la mésinformation concernant la vaccination contre la COVID-19 sur les comportements des Québécois, alors qu’un autre étudie l’influence de la mésinformation relative à la grippe H5N1 chez les travailleurs saisonniers migrants. 

« L’un de nos postulats, c’est que les gens sont capables de différencier le vrai du faux. On regarde comment les gens naviguent dans un contexte informationnel qui est confus et saturant en matière de vaccination et, dans la plupart des cas, ils vont utiliser des moteurs de recherche comme Google, mais ensuite se diriger vers des sources officielles en matière d’information pour faire le tri entre le vrai et le faux. L’influence de la mésinformation, on la remet un peu en question », ajoute M. Malo.
 

Étudier des populations spécifiques

En 2022, dans le contexte post-pandémique, alors que beaucoup de fausses informations circulaient et que plusieurs se méfiaient des nouveaux vaccins, la campagne de vaccination pour endiguer une éclosion de Mpox à Montréal a connu un bon succès. Voilà qui représentait un bon sujet pour l’équipe de Ève Dubé!

Afin de comprendre notamment comment la population à risque avait été jointe et comment on avait évité de la stigmatiser – l’éclosion touchant surtout les hommes des communautés LGBTQ2+ –, des intervenant(e)s de la santé publique et des organismes communautaires ayant travaillé sur cette campagne ont été questionnés. 

« Ils avaient utilisé plusieurs stratégies, comme des kiosques pendant la fierté gaie et des stations de vaccination sans rendez-vous et sans questionnaire intrusif », relate Marie-Ève Trottier, première auteure de l’étude et professionnelle de recherche. 

Des personnes représentant la population visée par la campagne ont aussi été rencontrées. « Nous avons pu en tirer un portrait global intéressant pour d’éventuelles éclosions, notamment pour savoir comment joindre des communautés spécifiques de façon non stigmatisante », poursuit Mme Trottier. 

Les résultats ont été publiés dans un rapport de l’INSPQ et feront prochainement l’objet d’un article scientifique.

Parmi les autres projets touchant une population spécifique, Ève Dubé mentionne celui concernant les personnes incarcérées : « Pendant la pandémie, par exemple, ou lors des campagnes annuelles contre la grippe, les vaccins sont rarement offerts dans les établissements de détention. On essaie de comprendre quelles sont les barrières à la vaccination et à la prévention, autant du côté des personnes incarcérées que du côté du système de santé publique. » Ces travaux ont pour objectif d’améliorer la santé des personnes détenues, mais aussi leur santé après leur sortie de ces établissements.
 

Le point tournant de la COVID

Selon la professeure Dubé, « la COVID a amené une politisation des questions vaccinales. Avant, au Canada, tous les partis politiques soutenaient globalement la vaccination, mais une certaine rhétorique est apparue depuis dans les partis de droite. Ce qu’on observe aussi, c’est une polarisation des opinions; les gens sont de plus en plus divisés et la vaccination est devenue une question identitaire. »

La COVID, et ses nombreux effets, est devenue une trame de fond dans les études menées par l’équipe. « Au début de la pandémie, les vaccins étaient attendus avec beaucoup d’espoir, tout le monde voulait se faire vacciner en pensant que ça serait terminé rapidement. Mais il y a eu d’autres doses et d’autres confinements, ce qui a causé un déclin de la confiance et un amalgame dans la perception des vaccins en général. »

Les données récoltées à travers diverses études suggèrent également des différences générationnelles : « Les moins de 34 ans sont généralement plus méfiants envers les vaccins. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer leur attitude : c’est une génération qui a particulièrement souffert des mesures liées à la pandémie, comme les confinements. Ils ont aussi été moins exposés aux maladies évitables par la vaccination, comme la polio. La montée de l’individualisme que l’on observe ne concorde pas avec la volonté de protéger sa communauté par la vaccination et, enfin, il y a un aspect identitaire qui vient souvent avec une vision du type "je n’envoie pas mon enfant à la garderie, donc je n’ai pas besoin de le faire vacciner" ou "Je ne laisserai pas le gouvernement décider de ce qui est bien pour moi". » 

Benjamin Malo ajoute que la COVID-19 a suscité beaucoup de débats sur la vaccination et soulevé des questions qui étaient moins présentes auparavant dans la population générale.
 

Améliorer la confiance envers les vaccins

Le programme de recherche de Ève Dubé comprend également le développement d’interventions pour améliorer la confiance envers les vaccins par l’éducation.

Par exemple, dans le cadre d’un projet financé par les Fonds de recherche biomédicale du Canada (FRBC), l’équipe prépare une exposition immersive itinérante sur la vaccination et le système immunitaire visant les jeunes adultes.

D’autres outils sont élaborés, comme un guide sur le développement des vaccins – de la recherche fondamentale jusqu’à leur entrée dans les programmes de santé publique –, un outil visuel sur la vaccination destiné aux parents nouveaux arrivants pour qui la langue française ou anglaise est une barrière, ou encore un lexique sur les maladies infectieuses et la vaccination en Inuktitut.

Les nombreux enjeux de santé publique liés à la vaccination, surtout depuis la pandémie, rendent cette expertise unique encore plus pertinente… et assurent l’équipe de ne pas manquer de sujets d’étude!

 


Photo : De gauche à droite : Marie-Ève Trottier, professionnelle de recherche; Ève Dubé, professeure agrégée au Département d’anthropologie de l’Université Laval, chercheuse de l’axe Maladies infectieuses et immunitaires au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval; Benjamin Malo, doctorant en anthropologie et professionnel de recherche.
 


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Dernière révision du contenu : le 4 mai 2026

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