Parce que le français est une langue remplie de subtilités et parce que cette chronique fait encore parler d’elle des années après la fin de sa publication, Le Chuchoteur a eu envie de faire revivre la populaire chronique « La minute linguistique ».
Créée par Élaine Langlais, spécialiste en procédés administratifs aujourd’hui retraitée, La minute linguistique était une chronique sans prétention qui avait pour but de donner des trucs et des conseils pratiques sur les petites et les grandes questions que le bon usage de la langue française suscite souvent.
Nous nous sommes permis de reprendre les chroniques, avec l’autorisation de l’auteure, en les mettant à jour lorsque requis et en y ajoutant parfois quelques éléments.
N’hésitez pas à nous faire part de vos questions sur la langue française; nous en ferons le sujet de futures chroniques!
Le bon mot au bon endroit
Malade, bénéficiaire, patient, usager, client, clientèle : ces termes sont-ils interchangeables? La réponse est non, car tout dépend du contexte.
Malade
Le mot malade désigne « une personne dont l’état de santé est altéré, qui souffre de troubles organiques ou fonctionnels ». Mais qui rencontre son médecin n’est pas nécessairement malade!
Bénéficiaire
Bénéficiaire désigne « une personne physique ou morale qui bénéficie d’un avantage, d’un service particulier, d’un droit ou d’un privilège ». Ainsi, il est juste de parler de « bénéficiaire du régime de l’assurance maladie » (personne couverte par le régime).
Toutefois, il est abusif d’appeler bénéficiaire la personne qui reçoit des services de santé. Il est préférable de l’appeler usager, comme le veut la Loi sur les services de santé et de services sociaux, puisque ce terme a un sens plus large.
Patient(e)
Le mot patient(e) réfère à « toute personne qui a recours aux services médicaux ou paramédicaux, qu’elle soit malade ou non ». Patient(e) peut désigner une personne soumise à un examen médical, suivant un traitement ou subissant une intervention chirurgicale.
Usager, usagère
Usager(-ère) désigne « toute personne qui a recours à un service public ou qui utilise un bien du domaine public ».
Dans le secteur de la santé et des services sociaux, usager(-ère) est fréquemment employé et désigne plus précisément « toute personne qui a reçu, ou aurait dû recevoir, reçoit ou requiert des services dispensés par l’établissement (services de santé ou services sociaux) ou par une ressource intermédiaire rattachée à l’établissement, sur une base interne ou externe; ce terme comprend, le cas échéant, tout représentant de l’usager au sens de l’article 12 de la Loi sur les services de santé et de services sociaux, ainsi que tout héritier ou représentant légal d’un usager décédé ».
Client(e), clientèle
Les mots client(e) et clientèle sont réservés à une personne ou à un ensemble de personnes qui achètent des biens ou des services. Un(e) client(e) est donc « une personne qui requiert des services moyennant rétribution », alors qu’une clientèle représente « un ensemble de clients qui recourent, moyennant rétribution, aux services d’une même personne ».
Si la personne fait appel aux services rémunérés d’un spécialiste de la santé, par exemple un dentiste ou un pharmacien, on pourra donc parler de client(e). Le ou la client(e) peut faire appel au professionnel de son choix, puisqu’il le rémunère.
Au Québec, les services du secteur de la santé et des services sociaux étant payés par l’État, il est d’usage de préférer les termes patient(e), usager(-ère) ou malade aux termes client(e) et clientèle, puisque les personnes dont on parle ne paient pas directement pour les services qu’ils reçoivent.
Patientèle – ajout 2026!
Patientèle est un mot-valise formé des mots patient et clientèle. Il désigne l’ensemble des personnes qui recourent aux services d’un même professionnel de la santé (médecin, dentiste, pharmacien, physiothérapeute, podiatre, etc.), que les services soient payants ou non.
Cependant, considérant que patientèle conserve en partie le sens du mot clientèle, il serait plus logique de le réserver aux contextes où les personnes payent pour les soins ou les services reçus.
Exemples
Les exemples qui suivent démontrent que ces différents termes sont difficilement interchangeables et qu’il peut parfois être irrespectueux, voire illogique, de les utiliser dans certains contextes.
La cliente amenée ce matin au Service des soins intensifs repose dans un état critique.
La patiente amenée ce matin au Service des soins intensifs repose dans un état critique.
Les clients plus sérieusement atteints seront transférés dans une autre unité de soins.
Les malades plus sérieusement atteints seront transférés dans une autre unité de soins.
La clientèle ayant fait l’objet de cette étude est composée de femmes de 18 ans et plus.
La population ayant fait l’objet de cette étude est composée de femmes de 18 ans et plus.
La clientèle du programme d’assurance médicaments recevra de l’information sous peu.
Les bénéficiaires du programme d’assurance médicaments recevront de l’information sous peu.
La patientèle du Dr Docteur n’a pas de frais à payer lorsqu’elle le consulte; elle n’a qu’à présenter une carte d’assurance maladie.
Les patient(e)s du Dr Docteur n’ont pas de frais à payer lorsqu’ils le consultent; ils n’ont qu’à présenter leur carte d’assurance maladie.
Sources :
Médecins francophones du Canada, Des mots et des remèdes, recommandations du Comité québécois d’étude du français médical, https://www.medecinsfrancophones.ca/publications/des-mots-et-des-remedes/.
Office québécois de la langue française, La vitrine linguistique, https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/17495489/patientele.
Sources citées dans l’article original :
CHU de Québec, Règlement de régie interne du comité des usagers, № 135-07, 16 avril 2013.
CHU de Québec, Règlement sur les règles de fonctionnement du comité de gestion des risques, № 135-10, 25 septembre 2013.
Michaud, Andrée A. Le français en santé : guide linguistique, Québec, ministère de la Santé et des Services sociaux, 2000.